Ennahdha a été destituée du pouvoir par le « Dialogue national » : Sommes-nous en paix ou en trêve ?

Ali LDans cette photo, publiée le 13 octobre 2015 sur facebook, l’ex-chef de gouvernement Ali Laaridh, actuellement secrétaure général d’Ennahdha, évoque le départ des compagnons de Mahomet de La Mecque vers la Médine, en 622 ap. J.-C.

« De la Mecque à Médine pour sauver la daaoua (la campagne de prosélytisme ) et continuer sa propagation »

M. Laaridh, leader par excellence du parti Ennahdha, a choisi de mettre cette photo en couverture de sa page officielle sur facebook pour fêter le nouvel an de l’Hégire. Cependant, il rajoute une phrase significative « Changement de positionnement pour sauver la situation et poursuivre le message (Al ressalla). »

Cette phrase s’apparente à une leçon politique qui définit, en une phrase concise, la stratégie du prophète des musulmans qui a choisi l’exil et le retrait en quittant la place du pouvoir, la Mecque. Il s’adresse aux adhérents d’Ennahdha mais plus précisément aux « fidèles musulmans ». Il s’agirait d’un message explicatif qui prend sa légitimité de l’hsitoire de l’Hégire et de la « sagesse prophétique ».  Il a pour contexte le flux de critiques de la base d’Ennahdha envers ses dirigeants qui ont refusé de présenter un candidat à la présidentielle, qui se sont placés en deuxième position au parlement (Lire le rapport de Crisis group sur les élections) et qui collaborent, depuis les élections de 2014, avec le parti au pouvoir Nidaa Tounes, main dans la main pour une même politique

S’agit-il d’un parallèle historique avec la situation d’Ennahdha, qui a été obligée, par le « Dialogue national » en 2013, de faire un « changement de positionnement » pour ne pas subir le même sort de Morsi, qui a été destitué par l’armée en Egypte suite à un coup d’Etat et « sauver la situation » ?

Si c’est le cas, il s’agirait d’une subdivision manichéenne entre « fidèles » et « infidèles » sur la scène politique tunisienne, le camp qui représenterait Mohamed et ses compagnons », et le camp qui représenterait « les mécréants de Quraych ». Si M. Laaridh procèderait à cette identification, ce qui semble être le cas, cela signifirait une division présupposant « la guerre » contre le « mécrant ». Peut-on comprendre que « le changement de positionnement » n’est autre qu’une « trêve » ?

Bref, nous avons gagné le prix Nobel de la paix ce 9 octobre … mais j’espère que le Quartette et la société civile feront raisonner les partis politiques en place pour dépasser ces divisions idéologiques et placer le débat autour de la citoyenneté et non des différences religieuses.